Aix-Marseille, royaume de la data

Actualités et conseils sur les carrières en méditérannée
Filières & Métiers
Publié le jeudi 23 novembre 2017
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La métropole Aix-Marseille est l’un des carrefours les plus importants de la télécommunication mondiale. Ce secteur, composé de PME discrètes, est en pleine croissance et recrute surtout des ingénieurs, tout en boostant indirectement le reste de l’emploi phocéen.
Par Quentin Velluet

Les Marseillais ont le sens du verbe et de l’échange. C’est parce que de tout temps, leur port a été un lieu de commerce. Si les bateaux continuent d’arriver, une grande partie des transactions se fait désormais via les câbles sous-marins du réseau Internet. Plus de vin, ni de céramiques, mais des données qui parcourent le monde en très haut débit grâce au câble Sea Me We 5. De Marseille, il connecte l’Europe à 17 pays du Moyen-Orient et de l’Asie. Grâce à cette infrastructure, la ville rebelle, en plus d’être le premier port de France en tonnes de marchandises, est devenu le second hub français des télécoms après Paris. Une aubaine qui dynamise des secteurs gravitant autour des télécoms, comme celui des logiciels ou des services informatiques et du big data. En tout, 40 000 personnes travaillent sur ces sujets dans la métropole Aix-Marseille. Elle est donc une place attractive pour les ingénieurs et les cadres spécialisés.

Des frigos à données

Plusieurs filières s’entremêlent dans le marché du big data. Celle des data centers, est particulièrement bien représentée à Marseille. Interxion par exemple, spécialisée dans la conception et la construction de ces frigos à données, occupe une place de choix, puisqu’elle disposera d’ici 2018 de trois data centers à Marseille. Le premier a été racheté à SFR en 2014 pour 25 millions d’euros. Les deux autres, installés sur les quais de la Joliette dans une ancienne base sous-marine de la seconde guerre mondiale, seront opérationnels en 2018 après des rénovations qui auront coûté la bagatelle de 180 millions d’euros à l’entreprise. L’enjeu est de taille, puisqu’Interxion travaille avec des clients prestigieux comme Google, Apple, Facebook et Amazon ou les pouvoirs publics. Mais le jeu en vaut la chandelle, au moins pour les cadres qui profitent des embauches engendrées par ce développement. Interxion recherche actuellement deux postes à responsabilité dans la relation client et un ingénieur système.

Des emplois directs et indirects

Pourtant, de la bouche même de Fabrice Coquio, son président, l’activité de sa société crée très peu d’emplois directs. « Nous avons besoins d’ingénieurs en génie du bâtiment lors des installations et constructions des data centers. Mais par la suite, la maintenance est gérée directement par nos clients. Ils sont chez eux, chez nous », explique-t-il. En découle une création indirecte d’emplois bien plus importante : « Pour un recrutement chez Interxion, nous estimons que 2 ou 3 personnes sont recrutées indirectement pour des postes dans la sécurité et en génie électrique et climatique. »
Bien qu’elle peine à trouver les profils souhaités, Interxion continue d’appliquer un recrutement long : cinq entretiens minimum, dont un avec Fabrice Coquio. « Notre logique n’est pas d’imposer un parcours d’obstacles aux candidats, ni de les pousser dans leurs retranchements, mais plutôt de leur donner une image plus précise du poste qu’ils convoitent en multipliant les interlocuteurs et donc les angles d’approche », assure le président d’Interxion.
L’autre poids lourd de la data marseillaise c’est Jaguar Network, une entreprise de 130 personnes créée en 2001 qui réunit deux activités : hébergeur de données et opérateur télécom. Après avoir longtemps squatté les data centers des autres pour développer ses services, elle installe le sien à Marseille en 2009. Aujourd’hui, l’entreprise revendique un millier de clients dont Google, Interpol, le BHV, la SNCF ou encore les pépites locales Digitick, Voyage Privé et Allopneus. Depuis 2005, sa croissance n’a jamais été inférieure à 30 %, ce qui explique qu’elle recrute en permanence.
Pour l’antenne phocéenne, Blandine Loridan, DRH de Jaguar Network, recherche des ingénieurs commerciaux et ingénieurs avant-vente. Au niveau national, l’entreprise veut recruter 42 personnes dont des ingénieurs systèmes et réseaux expérimentés, un poste en ADV, un juriste junior et un développeur pour l’intranet. Les jeunes diplômés sont également les bienvenus sur des fonctions d’administration système et sur des postes d’ingénieurs commerciaux sédentaires.

Le conseil recrute davantage

Une autre filière de la data s’intéresse plutôt à l’amélioration des business par la donnée. À Aix-en-Provence, Diginext s’est spécialisée dans le conseil et le développement de systèmes d’information en temps réel pour des secteurs critiques comme la défense, l’espace, l’aéronautique et l’énergie. Filiale du groupe CS Communication & Systèmes, elle est aussi présente à Paris et Toulouse, elle emploie plus de 200 personnes et a connu une croissance de son chiffre d’affaires de 20 % en 2016. Elle a prévu 50 embauches en 2017, dont la plupart concerneront des ingénieurs développeurs en C++, Java, Java EE, 3D et des ingénieurs réseaux et systèmes en CDI pour 95 % des cas. « Nous recherchons des profils techniques passionnés, curieux et motivés car il faut aimer son métier », insiste Natacha Trouillet, responsable RH de Diginext. Là aussi les recruteurs peinent à trouver les candidats qui conviennent, faute de talents sur place. Alors ceux qui entrent sont chouchoutés : « Nous avons un turn-over très faible car nous menons une politique de conciliation entre vie pro et vie perso, en proposant notamment du télétravail, des horaires souples et des journées enfant malades », indique Natacha Trouillet.

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