Industrie aéronautique : stop ou encore ?

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Filières & Métiers
Publié le jeudi 23 novembre 2017
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Portée par l’activité d’Airbus Helicopters, l’aéronautique, première filière industrielle de la région Paca, pâtit des baisses de commandes du géant de Marignane. Si la tendance générale est plutôt à la stabilisation des effectifs chez les grands donneurs d’ordre comme chez les sous-traitants, la R&D maintient les recrutements de cadres qualifiés.
Par Benjamin Dusaussoy

Leader mondial dans la production d’hélicoptères civils, un marché tiré par les ventes aux compagnies pétrolières, « Airbus Helicopters doit faire face à un prix du baril plutôt faible à l’heure actuelle, précise Pierre-Louis Cisamolo, directeur senior pour Michael Page. Du coup, les compagnies ont freiné leurs investissements et cela impacte indirectement l’emploi. L’aéronautique dans la région vit en grande partie au même tempo que la société qui se trouve actuellement dans une phase d’attente de reprise. La tendance est donc davantage à la stabilisation des effectifs. Nous sommes dans un cycle bas, mais cela redémarrera. »

Des filières innovantes spécialisées aux nouveaux usages aérospatiaux En Provence-Alpes-Côte d’Azur, les activités sont consacrées principalement à la production d’aéronefs, d’astronefs ou à leurs moteurs et aux équipements périphériques, au niveau civil comme militaire, ainsi qu’aux activités dédiées à la défense et à la sécurité-sûreté. Si les grands groupes industriels sont moins nombreux qu’en Occitanie ou en Île-de-France, la région se développe peu à peu autour de l’émergence de filières innovantes spécialisées dans les nouveaux usages aérospatiaux. Dirigeables, drones, fabrication de satellites, mais aussi essai et simulation... À l’instar des clusters de compétitivité que sont le Pôle Safe ou encore, le projet Henri Fabre, la filière se distingue par un positionnement différenciant en ciblant notamment des marchés qui n’entrent pas dans les champs d’intervention traditionnels de l’industrie aéronautique et spatiale. Les entreprises y travaillent autour des technologies comme les systèmes complexes embarqués (caméra, radar…), la cyber-sécurité et les capteurs. Conséquence, comme l’explique Elvira Capsers, responsable emploi-formation au Pôle Safe : « Diversification, innovation, ruptures technologiques... les bureaux d’études recrutent pour travailler sur de nouveaux marchés. »

La R&D concentre les recrutements

Outre les acteurs traditionnels comme Dassault à Aix, la CNIM à La Seyne, Safran Aircraft Engines à Istres, Daher à Marignane, l’aéronautique repose sur un vivier d’entreprises technologiques aux compétences pointues capables de développer des solutions intégrées. Environ 40 % des entreprises de la région sont centrées sur une activité de recherche et développement (R&D). Comme l’explique Sylvia Serra, manager industrie & ingénierie chez Hays en région Paca : « Les recrutements s’effectuent aujourd’hui sur des fonctions spécifiques dans le domaine de la R&D : des profils d’ingénieurs système ou réseau, en télécommunication, mécanique de précision ou matériaux. Les entreprises continuent aussi à recruter sur des fonctions supports comme en comptabilité, finance ou achat sur des profils technico-commerciaux. » Un ingénieur aéronautique débutant démarrera aux alentours des 35 000 euros par an. Pour des profils plus confirmés, avec 15 ans d’expérience, la moyenne des rémunérations s’élève à 60 000 euros. Pour Sylvia Serra : « Les rémunérations dans la filière sont attractives par rapport aux autres domaines industriels, en particulier dans les grands groupes, grâce notamment aux différents avantages : intéressements, participation... »

L’industrie du spatial se porte bien à Cannes

« Le secteur du spatial se porte bien grâce à la présence de Thalès Alenia Space à Cannes, où sont situés son siège social et une usine d’intégration. Avec près de 2 000 salariés, c’est le premier employeur des Alpes-Maritimes, alors que le groupe fait travailler 400 sous-traitants », témoigne ainsi Frank Chikli, adjoint au développement économique et à l’emploi de la ville de Cannes. Ainsi, 230 personnes ont été recrutées l’an dernier et les besoins persistent. Le groupe cible notamment des ingénieurs software (informatique et numérique), architectes système, data intégrateurs, développeurs de logiciels, ingénieurs en électronique et assemblage.

Henri Fabre, lieu d’échanges et de transferts technologiques

Le projet Henri Fabre repose sur un modèle industriel interfilières pour permettre aux sous-traitants, trop souvent dépendants d’un seul grand donneur d’ordre, de partager leurs compétences dans d’autres domaines. Il porte sur deux volets principaux : faire monter en compétences le réseau des sous-traitants en Paca et travailler autour des nouvelles technologies et de leur introduction dans l’industrie aéronautique : robotique, maintenance de demain qui intègre le digital, simulateur de pilotage de sous-marins, environnements 3D, Big Data... Inauguré l’an dernier, le Technocentre Henri Fabre de Marignane et ses 16 000 m2 sont entièrement dédiés à la recherche et à l’innovation. « S’y côtoient des espaces de formation continue et des travaux de recherche choisis en commun entre grands donneurs d’ordre et en associant des entreprises plus modestes. Le Technocentre a vocation à favoriser l’implantation d’entreprises aux alentours comme récemment le russe SuperOx », précise Laurent Renaux, en charge du volet emploi formation pour le team Henri Fabre. À l’horizon 2020/2025, la zone devrait accueillir pas moins de 7 000 emplois.

Interview

Hubert Bérenger
Responsable du programme système autonome et robotique au Pôle Safe

La région Paca est pionnière en matière de développement de solutions et technologies pour drones. Que représente la filière drone en Paca ? La filière regroupe une centaine d’entreprises, parmi lesquelles des fabricants d’équipements, d’autres qui les utilisent pour différentes solutions comme la surveillance ou l’inspection de territoires. Hormis quelques grandes entreprises, à l’instar d’Airbus ou ECA Group, il s’agit surtout de TPE constituées en moyenne d’une dizaine d’employés. Cela représente environ 1 000 emplois en Paca.

Quels sont les atouts de la région ?

Nous possédons une chaîne de valeur complète : des utilisateurs finaux, des entreprises orientées technologie, d’autres qui fabriquent et intègrent des solutions ou proposent des services. Nous avons développé des zones d’essais pour tester, expérimenter les solutions et mettre en place des formations. Nous disposons aussi dans le Var de la seule ligne de livraison pilotée pour La Poste, pour le transport de colis.

Quelles sont les perspectives en matière d’emploi ?

Il y a beaucoup de projets et de réflexions, la filière est en mouvement même s’il existe encore des freins comme la réglementation. Le drone pourrait connaître de vraies perspectives avec leurs levées. Cela déboucherait sur plusieurs centaines d’emplois. La France reste toutefois une zone de démonstration, les marchés étant à l’export : surveillance des sites, inspection de réseaux de transport, distribution de l’énergie et livraison.

Quelles sont les perspectives en matière d’emploi ?

  • La filière aéronautique et spatiale est la première filière industrielle de Paca avec près de 250 entreprises (PME) et près de 50 000 emplois pour un chiffre d’affaires de 5,5 Milliards d’euros.
  • La filière en émergence du dirigeable a vocation à créer 3 000 emplois à l’avenir, dont 1 000 à 1 500 sur Istres.
  • L’activité Drone concentre un millier d’emploi en région PACA ainsi qu’un quart des entreprises françaises spécialisées dans le domaine.
  • En Provence-Alpes-Côte d’Azur, la filière aéronautique représente 1 700 chercheurs (soit 30 % de la R&D régionale). Elle compte également 40 laboratoires.
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