Industrie navale : une filière toujours d’avenir et qui recrute

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Filières & Métiers
Publié le lundi 27 novembre 2017
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Des carnets de commandes qui ne désemplissent pas, une expertise recherchée à l’international, des ruptures technologiques qui favorisent l’émergence de nouveaux développements... L’industrie navale a le vent en poupe. Chez les cadres, la filière recrute des chefs de projet et des ingénieurs spécialisés pour répondre aux enjeux technologiques de demain.
Par Benjamin Dusaussoy

De Marseille jusqu’à Monaco, l’industrie navale se porte bien. Il s’agit essentiellement de chantiers de réparations ou de modifications de bateaux, car on construit finalement peu en PACA », témoigne Nicolas Carasso, directeur de Diveintar, cabinet de conseil en recrutement spécialisé dans les métiers de la mer.

Naval de défense et industrie lourde à Marseille et Toulon

Parmi les différents domaines d’activités, le naval de défense tire son épingle du jeu grâce à la présence d’une tête de filière : Naval Group. Le premier employeur du Var emploie environ 3 600 personnes qui œuvrent au maintien en condition opérationnelle (MCO) des navires de défense ou au développement des systèmes de combat. D’autres chantiers concurrents travaillent sur les navires de guerre comme STX à Toulon ou encore Cegelec. « Ces donneurs d’ordre sous-traitent énormément leurs activités aux PME spécialisées ou de capacité, celles qui interviennent en renfort de production », indique Alain Guilbert, chef de projet filière navale au Pôle Méditerranée. Autre dessein d’envergure, la réhabilitation du porte-avions nucléaire Charles-de-Gaulle qui sollicitera une quarantaine de sous-traitants majeurs jusqu’au printemps 2018 à la base navale de Toulon. À Marseille, trois acteurs occupent une place de premier plan en matière de réparation et maintenance de méthaniers, navires de transport de containers ou pétroliers : Palumbo MSY, anciennement ITM, Sud Marine Shipyard et le chantier naval de Marseille, qui dispose de la plus grande cale sèche en Méditerranée.

Grande plaisance et nautisme sur tout le littoral

De son côté, l’industrie de la grande plaisance connaît une progression de 10 % chaque année. En plus de deux grands chantiers à Toulon, IMS Shipyard 300 et 700, l’entreprise Monaco Marine possède six sites entre Monaco et La Ciotat. Une grande partie de l’activité du yachting professionnel s’exerce d’ailleurs dans cette ville avec la présence de Composite Works. Outre ces grands noms, certaines PME à l’instar d’ACTI, spécialisée en tuyauterie navale et chaudronnerie industrielle, ou Sonocar, experte en peinture, connaissent de belles croissances. Sur le littoral cohabite une autre industrie importante : le nautisme dont l’activité économique représente plus d’un milliard d’euros annuellement. « Paca est une région de distribution et de consommation de navigation », assure Eric Mabo, délégué général adjoint de la Fédération des industries nautiques (FIN). Les entreprises distribuent, vendent, louent des services et y assurent des travaux de réparation et maintenance. « Si nous avons besoin de vendeurs qualifiés (bac +2/3), les nouveaux entrants de la profession sont actuellement davantage des jeunes qui viennent de la sphère digitale. Ils réfléchissent autour des nouveaux services à proposer aux plaisanciers, en particulier autour de l’économie de partage. »

Ingénieurs spécialisés, chefs de projet : la filière recrute des profils qualifiés

À l’instar de Naval Group, en quête de plusieurs dizaines de professionnels, les profils les plus recherchés chez les cadres sont surtout les ingénieurs ayant des compétences dans les systèmes électroniques, en intelligence embarquée, sécurité informatique, matériaux de structure, assemblage, systèmes de propulsion, robotique, imagerie sous-marine ou génie logiciel. « Le naval militaire est en pleine mutation avec notamment l’intégration de l’informatique et de l’électronique embarquée, ou l’utilisation de drones. Cela entraîne des besoins importants, on parle de plusieurs centaines de recrutements à venir dans la région », prédit Pierre-Louis Cisamolo, directeur senior pour Michael Page. « Dans le domaine de la grande plaisance, les professionnels du secteur ciblent plus particulièrement des chefs de projet, capables de gérer et coordonner les travaux qui sont à exécuter sur un bateau de la réception jusqu’au départ de celui-ci », note Nicolas Carasso. À ce titre, Monaco Marine embauche des Project Managers ayant des compétences à la fois techniques, commerciales et managériales. Alors que l’activité Yachting requiert des professionnels possédant une vraie connaissance sectorielle, « pour des bateaux plus industriels, les entreprises engagent des chefs de projet ayant une approche industrielle notamment en matière d’optimisation des process, ils peuvent donc venir d’autres domaines », précise ce dernier.

Numérique : l’axe de compétitivité du futur

Impression 3D, robotisation, réalité virtuelle ou augmentée, maquette numérique, Internet des objets... Les technologies poussent la filière navale vers de nombreux nouveaux défis. À l’instar de l’école SeaTech de Toulon ou de l’Institut pour l’Etude et l’Intégration des Nouvelles Techniques et Technologies (INSEIT) à Nice, « un certain nombre de formations visent à former des professionnels dans ces domaines, de quoi faire monter la filière en compétences comme les opérateurs chargés demain de gérer et de piloter les robots », indique Alain Guilbert, chef de projet filière navale au Pôle Méditerranée. Et voir émerger de nouveaux métiers : « Cela va changer la donne des métiers, notamment en matière de maintenance avec l’arrivée de réalité virtuelle et augmentée ou en peinture, où les opérateurs devront piloter des robots par exemple. »

Interview

Laurent Falaize
Président de Riviera Yachting Network

Comment expliquer la bonne forme de la filière ?

La région baigne depuis des années dans le secteur industriel de la réparation, un savoir-faire transmis et calqué aux «bateaux blancs». Les formes et zones de calage nous ont donné un avantage. Nous avons su moderniser les installations pour les faire correspondre aux besoins du marché. Résultat, en région Paca, les entreprises réparent chaque année plus de 600 yachts, des bateaux mesurant de 24 à 180 mètres.

Quelle est votre cœur d’activité ?

L’activité s’est toujours bien portée en fonction des unités de catégorie travaillées. En 15 ans, nous sommes passés de bateaux de 30 mètres à 80 voire 100 mètres. Mais notre cœur d’activité, ce sont les bateaux de 40 à 50 mètres loués l’été qui ont des obligations de mise aux normes et qui fournissent donc du travail aux plateformes techniques.

Quelles sont les perspectives à venir ?

Les perspectives actuelles sont favorables avec, par exemple, l’implantation de Monaco Marine à la Seyne-sur-Mer qui rééquilibre les forces sur le territoire. Le port de La Ciotat, avec sa grande forme, est capable d’accueillir des bateaux de plus de 100 m de long. Ce qui manque, c’est un outil de levage pour travailler ces bateaux de manière volumique. Il pourrait être source de 1 000 emplois directs et indirects.

Chiffres de la filière industrie navale en Paca

  • En 2016, la région Paca représentait à elle seule 23,5 % du chiffre d’affaires national dans le nautisme et cumulait 25,3 % des effectifs. Soit un peu plus 10 000 emplois répartis au sein de plus de 1 350 entreprises.
  • Sur les 5 000 à 6 000 personnes travaillant autour de la grande plaisance, les chantiers navals regroupent plus de 250 entreprises et 2 500 emplois.
  • 120 000 emplois sont directement liés à la mer en Paca. Hors tourisme, la région compte 25 000 emplois maritimes directs dont 80 % dans les domaines du transport maritime et de la construction et réparation navale.
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